samedi 20 janvier 2018

Une soirée dans la maison de Charles DANY - # RDVAncestral

Lors de mon premier #RDVAncestral, j’ai rencontré Marie HACARDIO, mon aïeule à la huitième génération, qui était alors âgée de 16 ans. Elle vivait avec son frère chez son oncle, Charles DANY, qui était également son tuteur depuis la mort de ses parents. Lors de notre rencontre, elle m’avait proposé de revenir le soir même pour le rencontrer. J’étais donc bien décidé à rester jusqu’à la fin de la journée pour faire connaissance avec le reste de la famille… 

La magie du Rendez-vous Ancestral vous fait voyager dans le temps et dans l’espace en un clin d’œil. Aussitôt que je m’éloignais de la maison, je me retrouvais à l’entrée du village, quelques heures plus tard.

Dans la campagne, l’ambiance était très différente par rapport à mon arrivée durant l’après-midi. Le bruit des chevaux et des hommes au travail avait laissé la place aux seuls chants des oiseaux. Les merles annonçaient la fin de la journée tandis que les hirondelles planaient au dessus de ma tête. La fraîcheur et l’humidité commençaient à remonter du sol. Le soleil allait bientôt se coucher. Nous étions sans doute à la fin de l’été.

Bien décidé à revoir Marie et à rencontrer son oncle et tuteur, Charles DANY, je m’avançais à nouveau vers le village de Schell, en direction de leur maison. En parcourant la rue, je croisai plusieurs personnes. Je les saluai, et ils me saluèrent non sans un regard mêlé de surprise et d’interrogation. On ne devait pas croiser beaucoup d’étrangers dans le village ! L’un d’entre eux était peut-être Jean DEFLORENNE, également mon aïeul, qui vivait à Schell à cette époque. Je ne le saurai sans doute jamais, à moins d’une rencontre dans un prochain Rendez-vous Ancestral ?

J’arrivai enfin devant la maison. C’était une maison lorraine typique avec d’un côté, une grande porte ouverte sur la grange et les écuries, et de l’autre, séparées par un couloir central, les pièces à vivre. Entre le bâtiment et la rue, différents chariots, outils ainsi que des tas de bois et de fumier étaient entreposés dans un espace que l’on appelle l’usoir.

L'Usoir - village de Bulles en Lorraine belge (Source : Wikipédia)


Marie était là. A côté d’elle, un homme s’employait à détacher un cheval attelé à une charrette en bois. Elle me vit et me fit un sourire. Elle s’adressa alors à l’homme qui était, comme je le supposais, Charles DANY : 
- « Mon oncle, voici la personne dont je vous ai parlée et qui est passée cet après-midi.
- Bonsoir monsieur, me dit-il, Marie m’a parlé de vous. Vous êtes un cousin éloigné m’a-t-elle dit ?
- Oui, en quelque sorte. Je suis très heureux de vous rencontrer. » 
 Charles s’approcha de moi pour me serrer la main. Je pris ce geste comme une marque de confiance et d’approbation de ma visite. Charles repris alors la discussion :
- « Le souper va être bientôt servi. Venez manger avec nous, le repas est simple, mais vous remplira le ventre.
- Avec plaisir. Je vous en remercie !
- Marie, pourriez-vous prévenir votre tante que nous avons un invité ce soir, nous mangerons dans le poële ».
Marie partit alors à l’intérieur de la maison. Charles me laissa quelques instants, le temps d’amener le cheval à l’écurie, puis m’accompagna pour entrer dans la maison. La porte en bois s’ouvrit sur un long couloir qui traversait la maison jusqu’à son fond. Nous prîmes la première porte à gauche pour arriver dans une pièce éclairée par une fenêtre qui donnait sur la rue. Nous étions dans la chambre de devant, que l’on nomme ici le « poële », ou le « pâl ». J’en fus très flatté car il s’agissait de la seule et unique « belle » pièce de la maison où l’on faisait entrer les hôtes d’honneur.

La maison de Charles était une maison récente et plutôt moderne pour l’époque. Le poële servait de chambre pour la nuit, mais également de salle à manger pour les grands jours. Autour de la table et des chaises en paille, on retrouvait une grande armoire, des coffres en bois et des lits recouverts chacun d’un traversin, d’un drap et d’un demi-drap vert.

Nous entrâmes ensuite dans la cuisine, où se tenait le reste de la famille. La pièce était extrêmement sombre car il n’y avait aucune fenêtre. Seule une grande ouverture au-dessus du toit et à côté de la cheminée permettait d’entrevoir le peu de lumière qui subsistait à cette heure de la journée. A l’arrière, une porte était entrouverte. Elle laissait entrevoir une pièce obscure dans laquelle je reconnaissais une maie à pétrir. Le sol était en terre battue.

Charles me présenta ensuite sa famille. Marie, son épouse, portait dans ses bras la petite Christine, qui était âgée de un an. Parmi les autres enfants, il y avait Jean, neuf ans, son unique fils issu de son premier mariage, puis Anne-Marie, sept ans, Madeleine, cinq ans, et Catherine, trois ans. Charles était également tuteur de Marie et Nicolas HACARDIO, ses neveux. Il me présenta enfin un domestique et une servante qui les aidaient dans leurs tâches quotidiennes.

Après ces présentations, la table fut mise.

La servante nous amena une soupe trempée de bouillon et servie avec des choux, des fèves et des morceaux de lard. Tout le monde mangeait en silence et on entendait seulement le bruit des cuillères qui tapaient et raclaient dans les assiettes en étain. Bien que simple, je me régalais de ce souper offert de si bon cœur par mes hôtes de la soirée.

Le repas terminé, je suivis toute la famille en direction de la cuisine ; c’était le temps de la veillée. Nous nous asseyâmes autour de la cheminée, sans autre lumière que celle du foyer. Voilà un moment simple que je n’aurais manqué pour rien au monde. La chaleur de la braise me réchauffait le corps, la chaleur humaine me réchauffait le cœur. J’étais très ému de partager cet instant avec eux. Je pensais alors à notre époque soi-disant moderne où l’on a remplacé les veillées par la télévision où les Smartphones…



Charles parla ensuite des travaux de la journée, de la récolte qui serait plutôt bonne et de l’automne qui arrivait. Au fur et à mesure de la discussion, il me parla de ses parents qui étaient venu s’installer à Schell, près de 50 ans plus tôt :

- "Mon père, Nicolas, était originaire de la paroisse de « Momni* ». Je ne connais pas la raison qui a poussé mes parents et d’autres familles à quitter leur village pour venir ici. Ce que je sais, c’est que leur arrivée était attendue car il fallait repeupler le pays. On raconte qu’il y a cent ans, la peste et des hordes de Cravattes** ont tout ravagé. Depuis, le village de Schell était en ruine et recouvert de forêt. Il fallait défricher, couper le bois, dégager les ruines des anciennes maisons pour en extraire les pierres, puis reconstruire. Les hommes les plus vaillants et les moins fortunés sont venus faire se travail. Puis, lorsque le village fut reconstruit, et les terres labourables, le reste des familles arriva. Ma mère m’a raconté que le voyage n’a pas été facile. C’était l’hiver, il faisait froid et elle-même attendait son quatrième enfant. Ma sœur, Madeleine vint au monde quelques semaines plus tard. Cette naissance symbolisait le retour de la vie, et cela représentait beaucoup pour les Seigneurs de Luttange. Pour preuve, Madeleine eut le Sieur d’Attel pour parrain… "

J’écoutais cette histoire avec fascination, mais le temps était venu de quitter la famille. Je prétextai qu’une personne devait me chercher à Vinsberg. Charles ne me posa pas de question et me remercia de ma visite. En retour, je le remerciai chaleureusement car j’avais passé un moment très fort en leur compagnie. Je saluai Marie HACARDIO en lui demandant de bien prendre soin d'elle.

La magie du Rendez-vous Ancestral vous fait voyager dans le temps et dans l’espace en un clin d’œil. Aussitôt que je m’éloignais de la maison, je me retrouvais assis devant mon ordinateur, bien décidé à mettre des mots sur ce que j’avais vécu…


* Momignies, aujourd’hui en Belgique. On devait le prononcer de la sorte car le nom du village est retranscrit de cette manière dans les registres en Moselle (AD57) 

 ** Croates. Le pays thionvillois subit de nombreuses attaques et mouvements de troupes pendant la guerre de Trente Ans. Ce fut le cas notamment des troupes messines (françaises) qui attaquèrent le village de Luttange par deux fois (le secteur était alors luxembourgeois). D’autres troupes pillèrent certains villages. La présence de croates et de suédois a semble t-il, particulièrement marqué les esprits. 

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Sources :
  • Charles DOSSE, 1981. Luttange. 72p. Ed. Zalc, Metz. (Dans cet ouvrage, on retrouve la description de la vie d’un laboureur du 17ème siècle à Luttange, dont je me suis inspiré). 
  • Arch. Dep. de la Moselle. Justice seigneuriale de Luttange – Cote B5248, acte n°34. Inventaire après décès des biens d’Hellaine Longuville en date du 16 février 1730 (Hélène Longueville est la mère de Charles DANY et la grand-mère de Marie HACARDIO). 
  • Arch. Dep. de la Moselle. Justice seigneuriale de Luttange – Cote B5247, acte n°22. Inventaire après décès des biens de Charles DANY en date du 16 mars 1771. 
  • Arch. Dep. de la Moselle. Registres paroissiaux de la paroisse de Luttange. Actes relatifs aux baptêmes, mariages et sépultures de la famille Charles DANY/ Marie MAYER (9NUM/431ED1E2 à 9NUM/431ED1E6). 
Retrouvez toutes les contributions du #RDVAncestral sur le site http://rdvancestral.com/

mercredi 10 janvier 2018

Salentin AMA

Comme chaque mois, Sophie Boudarel de la Gazette des Ancêtres nous propose un ou plusieurs Généathème. Ce mois-ci, nous partons à la découverte des prénoms insolites de nos ancêtres. Je vous propose de découvrir dans cet article l’histoire de Salentin AMA, mon aïeul à la 10ème génération.

Origine du prénom Salentin


Je n’ai pas trouvé l’origine du prénom Salentin. C’est a priori un vieux prénom, plus du tout utilisé de nos jours. Le graphique de la fréquence du prénom « Salentin » dans la base des prénoms de Généanet confirme qu’il était usité jusqu’au milieu du 17ème siècle avant d’être oublié. Sa fréquence à cette période restait tout de même très faible (0,0225%). A titre de comparaison, la fréquence du prénom Jean était au milieu du 17ème siècle d’un peu plus de 8% (soit 350 fois plus fréquent que Salentin !) .


Fréquence du prénom Salentin de 1600 à nos jours (Source : Généanet)


J’ai retrouvé une mention de ce prénom sur le site « Noms de famille belges: origine, sens » :



La vie de Salentin AMA

Salentin est mon aïeul à la 10ème génération, sosa n° 1693, de la branche de mon grand-père maternel. 

Fils de Laurent AMA et de Marie SCHARFF, il a été baptisé le 9 juin 1697 à Metzeresche (Moselle) et porte le prénom de son parrain, Salentin FAUSS.

Salentin se marie dans sa paroisse de Metzeresche, à l’âge de 21 ans, avec Marie CRIDELICH. Tout comme son père, il devient maçon. Le couple eut six enfants dont seulement deux survécurent à l’âge adulte. Parmi eux, on retrouve Jean-Michel, né en septembre 1723. Le sort s’acharna sur la famille car au lendemain de Noël de l’année 1732, l’épouse de Salentin décède également.

Salentin se remarie mois d'un mois et demi après avec Madeleine SCHOLTES, également veuve. Le malheur continue à s'acharner sur la famille car des trois enfants qu’ils eurent ensemble, aucun ne survécut jusqu’à l’âge adulte. Coïncidence troublante, la fille aînée de 6 ans et le benjamin de 13 mois meurent le même jour : le 30 octobre 1740. Qu’est-il arrivé ? Une maladie, un accident ? Le registre paroissial reste muet. Le mystère demeure… 

Salentin meurt à Metzeresche, le 3 mai 1743 à l’âge de 45 ans. Ses deux enfants encore en vie sont alors âgés de 19 et 11 ans. 

Signature de Salentin AMA, le jour de son second mariage (AD57 - 9NUM/468ED1E3, vue 38).
Sources :

mardi 26 décembre 2017

Un bonheur généalogique mêlé de tristesse : quand la folie resurgit du passé

Pour terminer l’année, Sophie Boudarel de la Gazette des Ancêtres nous propose deux Généathèmes : un sur l’entraide, un autre sur notre bonheur généalogique de cette année 2017. Je vais faire une pierre deux coups car mon bonheur généalogique de cette année a été permis grâce au service d’entraide du Cercle Généalogique de la Meurthe-et-Moselle. Voici comment j'ai pu en savoir plus que la folie d'un de mes ancêtres...

Où et quand est décédé Jean-Jacques Hubert WALENTIN ? 


Jean-Jacques Hubert WALENTIN (appelé Hubert) est né en 1820. Il est mon Sosa 120. Malgré mes recherches, je n’arrivais pas à retrouver son lieu et sa date de décès. Aucune trace dans les tables décennales des communes alentours, ni même dans les tables des successions et absences… Même les bases de données sur internet ne m’apprenaient rien… jusqu’au jour où Filae a indexé les registres d’Etat civil des archives mises en ligne…

Contre toute attente, je découvris qu’Hubert était décédé dans le département de la Meurthe et Moselle, dans la commune de Laxou. Très rapidement, je retrouve son acte de décès où il est dit pensionnaire de l’asile de Maréville. Comment… un fou dans ma famille ? Il me fallait en savoir plus sur cette histoire…

Heureusement qu’il y a l’entraide !


Je pris contact avec le service d’entraide du Cercle généalogique de la Meurthe-et-Moselle pour leur demander si les Archives Départementales 54 possédaient des archives de l’établissement de Maréville. Leur réponse fut positive et ils se proposèrent de faire les recherches pour moi… et fort heureusement. En effet, ces archives sont situées dans une annexe des AD54 et il faut une semaine de délai entre la commande et la communication en salle de lecture. En sachant qu’il fallait rechercher l’acte de décès de l’établissement, la liste des entrées et sorties, puis rechercher son dossier, avec à chaque fois une semaine d’intervalle… Autant dire que la tâche était impossible pour un chercheur éloigné comme moi.

Après plusieurs semaines et plusieurs passages en salle de lecture, ils m’envoyèrent le dossier d’Hubert, de son entrée en novembre 1869 à son décès en mars 1873. Un grand merci à eux en tout cas, car ils ont été d’une gentillesse et d’une patience remarquable !

Du bonheur et un peu de tristesse… 


Étrange sentiment que celui du généalogiste qui prend connaissance du document tant convoité, mais dont les propos relatent les problèmes de son aïeul. Un sentiment de bonheur pour ma part mêlé à de la tristesse et de l’étonnement. J’étais heureux d’en savoir plus sur mon AAAAGP, mais peiné de lire qu’il était effectivement considéré comme aliéné. Il disait en effet avoir marché plusieurs jours avec le Christ. Je ne connais pas l’origine de cette « folie », ni même de quand elle date. A moi maintenant de continuer les recherches, en espérant en savoir encore un peu plus sur lui.

Extrait du dossier de Jean Jacques Hubert VALENTIN (AD54 - 1855W493)

samedi 16 décembre 2017

Emotion pour mon premier #RDVAncestral avec Marie HACARDIO

Depuis quelques semaines, je me prépare à mon premier Rendez-vous Ancestral. Le rendez-vous a été initié par Guillaume Chaix du "Le Grenier de nos Ancêtres". Le principe est très simple : aller à la rencontre d’un de nos ancêtres et raconter ce voyage dans le passé. Je suis à la fois excité par cette nouvelle expérience, et un peu anxieux. Je me pose tout un tas de questions: comment vais-je leur parler ? Comment serai-je habillé ? Est-ce qu’ils vont me comprendre ? Dois-je passer in cognito ?... Bref, beaucoup de questions et aucune réponse tant que je n’avais pas vécu mon premier #RDVAncestral, que je vous propose de découvrir ici. 

Mon arrivée dans le passé se fit en douceur… comme si je me réveillais d’une bonne nuit de sommeil. Les yeux encore fermés, je commençais à percevoir les bruits de ce monde qui m’entourait. C’était d’abord le mugissement d’un bœuf, le bêlement d’un mouton, puis le bruit du vent dans les feuilles d’un arbre. Au loin, on entendait des discussions. Des « Ah ! » et des « Oh ! » s’unissaient aux hennissements des chevaux qui accompagnaient le dur labeur des hommes dans les champs. Puis vinrent les odeurs. Elles me rappelaient les balades estivales à la campagne : une légère odeur d’herbe fraichement coupée qui s’entremêlait à celle d’un bon fumier…

En ouvrant mes yeux, je me rendis compte que j’étais habillé avec des vêtements d’époque. Cela me rassura car ce genre de détail faisait partie des questions que je me posais avant de partir à ce premier RDV Ancestral. Au moins, je passerai « in cognito » !

Pour mon premier voyage dans le passé, je me sentais étonnamment bien. L’appréhension que j’avais avant mon départ s’était finalement dissipée dans ce voyage temporel. J’examinais alors le paysage qui m’entourait. A ma droite, derrière une prairie, on pouvait distinguer une multitude de champs et des cultures dont la largeur ne devait pas dépasser cinq ou six mètres. Au loin, je devinais les laboureurs, manœuvres et attelages qui travaillaient la terre. Une grande forêt se trouvait à ma gauche. Devant moi, le chemin de terre sur lequel j’étais aboutissait à un village constitué d’une dizaine de maisons.

En voyant ce paysage, je pris soudain conscience d’être réellement arrivé dans le passé. Mon excitation et mon enthousiasme devinrent tels que mon cœur commença à battre la chamade : « Je suis bel et bien arrivé dans le passé ! ». Je n’arrive toujours pas à décrire cet état d’émotion intense qui s’empara de moi, entre coup de foudre et émerveillement.

« Bon, OK, Sébastien, je suis dans le passé… mais quand ? ... Et où suis-je précisément ? ». Sans plus tarder, dans un élan d’enthousiasme, je décidai de marcher vers les maisons.

Au fur et à mesure de mon avancée, je commençais à reconnaître les paysages qui ne m’étaient pas étranger. « Je dois être à Schell » me dis-je. C’était somme toute logique, puisqu’une grande partie de mes aïeux y avaient vécu. A la deuxième ou troisième maison, je m’arrêtai net.

Les yeux écarquillés, la bouche ouverte et mon cœur qui repartit de plus belle... Certes, la maison n’avait rien de particulier, puisqu’il s’agissait d’une ferme lorraine typique avec une grande porte de grange, une porte d’entrée principale qui donnait sur un long couloir, et une fenêtre qui donnait sur la rue. Non, ce qui me laissa pantois, c’est l’inscription qui figurait sur le linteau de porte taillé dans une pierre ocre: « CD – 1732 – MM ». Il n’y avait aucun doute, cette grande maison était la ferme de Charles DANY et Marie MAIRE. J’étais donc bien à Schell. Ce qui me frappa, c’était le très bon état du bâtiment qui n’avait rien à voir avec l’état de ruine dans lequel il nous est parvenu aujourd’hui…


Mon émotion était telle que je ne fis pas attention à la jeune fille qui sortait de la grange. Habillée d’une jupe et d’une chemise, elle portait des sortes de souliers aux pieds. J’étais très étonné car je pensais que les personnes de l’époque portaient tous des sabots. Aux traits de son visage, je lui donnais 16 ans, 18 ans tout au plus. Sur le moment, je ne savais pas trop quoi lui dire. Les quelques secondes qui s’écoulèrent me paressèrent une éternité… Finalement, c’est elle qui engagea la conversation et qui me sortit de mon hébétude.

« Si vous souhaitez voir mon oncle Charles, il est partit dans les champs et reviendra avant le soir. »

Reprenant mes esprits, et après quelques nouvelles secondes de silence, je lui répondis :

- Merci. Je l’attendrai, enfin… je ne suis pas certain d’être encore là ce soir (pour un premier RDV ancestral, je ne savais pas combien de temps j’allais rester).
- Voulez-vous que je lui dise que vous êtes passé ?

Ne sachant pas quoi lui répondre à nouveau, j’esquivais en lui demandant comment elle s’appelait et si elle vivait dans cette maison. Étrangement, elle me répondit avec un grand sourire et sans forme d’appréhension :

- Je m’appelle Marie. J’habite chez mon oncle avec mon frère Nicolas depuis la mort de mes parents.

Il n’y avait guère de doute. La jeune fille qui me parlait devait être Marie HACARDIO. Nous devions être dans les environs de 1735/1740. Marie est mon aïeule du côté de mon grand-père maternel à la 8ème génération. Sa mère, Thérèse DANY avait épousé Jacques HACARDIO qui était laboureur à Marspich. Pour valider mon hypothèse, je remis un peu d’ordre dans mon esprit pour ressortir les quelques informations que j’avais en mémoire sur elle et sa famille:

- « Votre père se nommait bien Jacques n’est-ce pas ? Vous habitiez à la Cense de Konacker ?
- Oui, c’est bien cela. Vous connaissiez mon père ?
- Oui et non… En fait, je suis un membre de la famille, un cousin très éloigné en quelque sorte.
- Vous connaissez alors mon oncle Charles et son épouse Marie ?
- Oui, de nom. J’ai beaucoup entendu parler de lui, mais il ne me connait sans doute pas.
- Je vais devoir retourner à ma tâche. Si vous souhaitez voir mon oncle, passez en fin de journée.
- Je vous remercie. J’essayerai de passer. »

A ces mots, elle retourna dans la grange pour continuer son travail.

Ce premier contact avec une de mes ancêtres s’était finalement bien déroulé. J’étais très heureux d’avoir pu faire la connaissance de Marie, même si je restais quelque peu frustré de la brièveté de notre échange. Je reste néanmoins surpris de la facilité avec laquelle nous avons échangé… comme si finalement le lien familial, aussi lointain soit-il, avait créé une relation de confiance entre elle et moi. Après cette première rencontre, j’étais bien décidé à rester jusqu’à la fin de la journée pour voir Charles DANY et passer un peu plus de temps avec Marie pour la connaître un peu plus…

… A suivre…

jeudi 30 novembre 2017

Pierre Hourte, français de cœur, mais combattant allemand au Chemin des Dames



En ce dernier jour de novembre, je termine ma série d'articles sur le #geneathème du mois, proposé par Sophie de la Gazette des Ancêtres. Je vous propose aujourd'hui de découvrir le parcours de mon arrière-grand-père, Pierre Hourte. Français de cœur malgré plus de 40 ans d'annexion, il dut se résoudre à partir au front pour combattre en uniforme allemand sur le Chemin des Dames.

Début de la guerre et enrôlement


Pierre est né le 29 juin 1897 à Vinsberg, écart de la commune de Volstroff, en Moselle. A cette époque, le territoire était annexé par l’Empire allemand depuis 1870.

Au début de la guerre, Pierre était âgé de seulement 17 ans. Il suivait ses études au petit séminaire et était peut-être destiné à entrer au grand séminaire pour devenir prêtre. La guerre allait changer son destin.

Quoi qu’il en soit, en août 1914, il était dit que la guerre ne devait pas durer. Pourtant après 1915, le conflit s’enlisait et les victimes et décès se multipliaient des deux côtés du front. Pour compenser ces pertes, l’Empire allemand anticipa les appels des classes. C’est ainsi que la classe 1917 fut appelée dès 1916. 

En septembre 1917, Pierre était devant le fait accompli : il devait quitter sa famille pour partir sur le front. On imagine l’anxiété de ses parents, surtout que l’année d’avant, la veuve Catherine BAUR avait perdu ses deux fils : Pierre et Charles LANG.

Pierre fut appelé en septembre 1916 et fut engagé en tant que Landsturmpflichtiger (soldat en service territorial) au sein du bataillon de réserve du dépôt de recrutement du 202ème Régiment d’Infanterie de Réserve (R.I.R. 202). Il partait alors pour Berlin.

Instruction en entraînement à Berlin


Pendant la guerre, les recrues incorporaient des bataillons de réserve au sein des dépôts de recrutement pour être formés pendant une période courte, qui allait de 1 à 3 mois. Après cette période, ils étaient envoyés dans des dépôts de recrutement sur le champ de bataille (Feld-Rekruten-Depots).
Au sein du 202ème RIR, Pierre suivit une formation de près d’un mois. Il apprit notamment à utiliser son arme : le fusil Gewher 98 (également appelé Mauser 1898). Il reçut également une paire de botte et 7,10 Marks pour entretenir son matériel.

Le 27 octobre 1916, Pierre passa au sein de la 1ère Compagnie du Bataillon de réserve 204ème Régiment d’Infanterie de Réserve avant de passer, 12 jours plus tard au sein du Dépôt de Recrutement au Champ de bataille de la 2ème Division d’Infanterie de la Garde (Feld-Rekruten-Depot).

Une escouade allemande dans laquelle figure Pierre (Photo pers.)


Combats de position à Roye-Noyon


La mutation dans un Feld-Rekruten-Depot signifiait que Pierre allait être envoyé en entrainement dans les environs du champ de bataille.  Ces Feld-Rekruten-Depots étaient composés de 4 à 6 compagnies de 200 hommes chacune. Ils permettaient une formation finale des recrues aux conditions réelles et en lien avec les besoins opérationnels. Etant à l’arrière du champ de bataille, ils suivaient alors une formation adaptée aux besoins opérationnels de théâtre de guerre dans un contexte des plus réalistes. 

Après le 8 novembre, Pierre partit en train vers le champ de bataille. Il arriva dans le secteur de Roye-Noyon le 11 novembre 1916 pour y rester trois mois. Il participa notamment aux combats de position jusqu’au 11 février 1917.

Retour à Berlin au sein du R.I.R. 93.


Le 12 février 1917, selon l’ordre du commandement général du Corps d’Armée de la Garde, Pierre fut muté au Bataillon de réserve du 93ème Régiment d’Infanterie de Réserve  (R.I.R. Nr 93), à Berlin. Il y resta pendant près de 6 mois.

De cette période, j’ai pu récupérer une carte postale/photo de mon arrière-grand-père avec 5 de ses camarades de régiment, dont son meilleur ami, qui venait de Kœnigsmacker (village mosellan situé à quelques kilomètres du lieu d’où il était originaire). Au verso, on ressent sa volonté de rassurer ses parents : «  Je suis encore en bonne santé », « je n’ai pas reçu vos gants, mais je n’en ai pas vraiment besoin ». 

Le 3ème régiment des Garde-Grenadiers Elisabeth


Début août 1917, Pierre fut muté dans le 3ème régiment de grenadiers de la Garde "Reine Elisabeth" (Königin Elisabeth Garde-Grenadier-Regiment Nr. 3). Il partit alors sur le front, et plus particulièrement sur le secteur du Chemin des Dames, au sud de la commune de Pagny. Il y resta tout le mois d’août et au mois de septembre 1917.

Combats au Chemin des Dames, blessure et convalescence


A partir du 26 septembre, les troupes allemandes bombardèrent violemment les lignes françaises, et particulièrement le ravin d’Ostel situé au sud de Pargny. L’infanterie harcelait les travailleurs et guetteurs des lignes françaises avec des grenades à fusil, pendant que les canons (Minen de 240) démolissaient leurs travaux.


Convalescence à Hammeln (Photo. pers.)

C’est pendant ces combats que Pierre fut blessé le 30 septembre 1917. Il reçut une balle de fusil au niveau du pouce droit. Le pouce était ouvert et laissait entrevoir l’os. Très rapidement, on lui prodigua les premiers soins sur place avant d’être transporté à l’hôpital de campagne de Glageon (59) où il arriva le 2 octobre. Après 12 jours, son état permettait un rapatriement en Allemagne. Après un transport de plusieurs jours, il fut admis à l’hôpital militaire de réserve d’Hammeln (DE) où il restera en convalescence jusqu’au 3 janvier 1918. Mon arrière-grand père racontait toujours à sa fille (ma grand-tante) que pendant sa rééducation, il apprit à coudre, broder, tricoter… faisant de lui un parfait « homme de maison » !


Après sa convalescence, Pierre retourna au sein des compagnies de convalescence et ensuite de réserve du 3ème Régiment de la Garde, sans retourner sur le front.




En novembre 1918, la guerre était finie. Pierre revint alors chez ses parents. Plus de deux ans après avoir quitté le petit séminaire, il décida de rester aider ses parents à la ferme et de fonder une famille car, disait-il, « il est toujours plus agréable de se réveiller le matin avec deux paires de chaussons au pied du lit que de rester seul… ».


SOURCES :

  • MilitärPass de Peter HOURTE du 21/09/1916 à octobre 1918 (Document familial personnel) 
  • Témoignages et documents familiaux (carte postale envoyée par Pierre à ses parents en avril 1917, photographies)
  • Historique du 93ème Régiment d'Infanterie 1914-1918 (http://horizon14-18.eu/wa_files/historique_93ri.pdf)
  • David Stone, 2015. The Kaiser’s Army : The German Army in World War One (extraits en ligne).

samedi 11 novembre 2017

Le destin tragique de Charles LANG, mort au combat (2/2 - Son parcours)


Suite de mes articles sur le #geneatheme de novembre. Après la revue des principales sources disponibles pour retracer le parcours d’un soldat mosellan pendant la première guerre mondiale, je vous propose maintenant de vous raconter l’histoire tragique de Charles LANG, décédé le 24 juillet 1915 au Ban-de-Sapt, dans les Vosges. 


Reconstitution du parcours de Charles (ou Karl) LANG, canonnier au 2ème Régiment d'Artillerie à pied bavarois


En Moselle (tout comme dans tout l’Empire allemand), tous les jeunes hommes de 17 ans sont recensés dans la commune de leur domicile pour être inscrits au rôle de la conscription (Rekrutierungs-Stammrolle). A l’issue d’examens, les jeunes suivent ensuite le conseil de révision (Musterungs-Ausschuss) pour déterminer son aptitude au service militaire. Les jeunes sont ensuite appelés l’année de 20ème année pour effectuer leur service militaire pendant 3 ans de service actif (Wehrpflicht).

1913 : Le service militaire


En octobre 1913, Charles LANG habite la ferme de Schell avec sa mère, son frère et ses sœurs.  Il est cultivateur et célibataire. Tout juste âgé de 20 ans, il est appelé pour entrer dans la 2ème batterie du 2e régiment d'artillerie à pied (Royal bavarois), à Metz. Il passe ensuite à la 4ème Batterie de campagne, le 15 mars 1914.

1914 : Mobilisation, défense de la ville de Metz et combats autour de Nancy


En août 1914, les jeunes hommes en cours de service et les réservistes sont appelés dans le cadre de la mobilisation générale. Charles est envoyé pour défendre la ville de Metz. La 4ème Batterie est positionnée à la Feste Kronprinz (Fort Driant situé à Ars-sur-Moselle). 

La compagnie se prépare à partir 25 août 1914 pour aller combattre au front, qui part le 2 septembre vers Nancy. De nombreux villages sont détruits et la ville de Nancy est bombardée les 9 et 10 septembre. Malgré l’offensive, les troupes allemandes organisent leur retraite le 12 septembre 1914, date à laquelle Charles LANG repart à Metz où il y restera de mi-septembre 1914 à mi-mai 1915 pour la défense de la ville et de ses environs. 

Été 1915: départ pour le front des Vosges et dernier combat


Le 22 juin 1915, la 4ème batterie est envoyée dans les Vosges, au Ban-de-Sapt, où français et allemands combattent pour la prise de la colline de Fontenelle, hauteur stratégique reprise par les français dès le début de la guerre. Les combats furent acharnés, les hameaux détruits, les paysages défigurés. Charles LANG décéda le 24 juillet 1915 à Launois, lors de la bataille finale, pendant laquelle le hameau fut repris par les français (Source : Liste des personnels de l'armée Bavaroise allemande).

Une stèle commémorative située à la Grande-Fosse, indique le décès de 5 soldats allemands, morts de façon héroïque pour leur patrice, dont Karl LANG, le 24/07/1915 au Ban-de-Sapt (Source: http://www.denkmalprojekt.org/2011/la-grande-fosse_wk1_fr.html). Le registre signale qu'il a été inhumé au cimetière de Grande Fosse (tombe n°19). Il repose aujourd'hui au cimetière militaire franco-allemand de Bertrimoutier (Vosges).

Cimetière franco-allemand de Bertrimoutier (Vosges) - Source : wikipédia

Pour terminer, et être complet dans mes sources, je rajouterai un excellent ouvrage écrit par Romain WAGNER (un cousin éloigné!) sur l'Artillerie à pied bavaroise de Metz de 1873 à 1918.
 

jeudi 9 novembre 2017

Le destin tragique de Charles LANG, mort au combat (1/2 - Les sources)



Suite de mes articles sur le #geneatheme de novembre. Après la revue des principales sources disponibles pour retracer le parcours d’un soldat mosellan pendant la première guerre mondiale, je vous propose de vous raconter l’histoire tragique de Charles LANG, décédé le 24 juillet 1915 au Ban-de-Sapt, dans les Vosges. Dans cette première partie, voici un descriptif des sources utilisées.


Avant de commencer... qui est Charles LANG ?


Charles LANG naquit le 29 octobre 1892 dans le village de Schell, situé dans la commune de Volstroff. Il était le troisième et dernier enfant de Louis LANG et de Catherine BAUR. Son père mourut quelques semaines après sa naissance. Sa mère se remaria ensuite avec Pierre NEISSE avec qui elle eut deux filles (dont mon arrière-grand-mère). Il décéda malheureusement en 1900, laissant Catherine seule avec ses cinq enfants. La première guerre mondiale devait ensuite à son tour emporter ses deux fils…


La recherche dans la base des militaires mosellans morts en 1870 et 1914-1918


La base des militaires mosellans morts en 1870 et 1914-1918 permet de compenser l’absence de données sur le site Mémoire des Hommes. Cette base a été réalisée par le département de la Moselle dans le cadre du Musée de la guerre de 1870 à Gravelotte. Elle a été bâtie sur la base du travail réalisé par l'abbé Louis Weber, curé de Réning, qui en 1927 réalisa un livre d'or des militaires décédés pour chaque commune du département.


L’interrogation se fait sur le site internet des Archives Départementales de la Moselle : http://www.archives57.com/index.php/recherches/memoire-1870-1918



Il est possible d’interroger par le nom, le lieu de naissance et/ou le lieu de décès.


Souhaitant avoir des renseignements sur Charles LANG, demi-frère de mon arrière-grand-mère, je tape le patronyme « LANG » et le nom de la commune de « Volstroff ». La base me permet de retrouver la trace de Charles et de son frère Pierre, tous les deux décédés pendant la première guerre mondiale.



En cliquant, on retrouve des informations sur l’unité, la date de décès et le lieu de décès.


Grâce à cette fiche, j’apprends que Charles a combattu dans le 2ème régiment d’artillerie à pied bavarois. C’est une chance pour moi car seuls les registres de l’armée bavaroise subsistent aujourd’hui (les registres des armées prussiennes ont disparus dans les bombardements de Berlin durant la seconde guerre mondiale).

La liste des personnels de l’armée bavaroise en Allemagne (Données sur Ancestry.com)


La deuxième surprise est que le site Ancestry.com possède des images numérisées des listes de personnels de l’armée bavaroise en Allemagne durantla Première Guerre Mondiale.




Moyennant un abonnement « Monde Deluxe » (à 21,96 € / mois… oui oui… c’est le prix de la donnée…), on peut accéder aux fichiers. Pour ma part, j’ai (encore) eu de la chance car j’ai pu accéder il y a quelques années au fichier sans abonnement (accès limité dans le temps pour tester).
J’ai ainsi pu retrouver le registre matricule de Karl LANG.

Extrait du registre où figure Charles (Karl) LANG
  
Pour être complet sur les sources, j'ai également retrouver des traces de Charles sur le site "Denkmal projekt" qui recense les différentes listes de soldats allemands décédés (monuments, cimetières, listes dans des ouvrages...

Dans la deuxième partie de cet article sur le destin tragique de Charles LANG, je vous raconterai son parcours de 1913 à juillet 1915.